À ceux qui observent la scène politique sans fermer les yeux, le constat devient limpide : nous vivons dans une gigantesque pièce de théâtre où les acteurs changent de rôle, mais où le scénario demeure le même. Opposition, majorité, fausses querelles médiatiques — tout participe à entretenir l’illusion d’une démocratie vivante, alors que les protagonistes, eux, appartiennent aux mêmes cercles, aux mêmes dîners, aux mêmes intérêts.
Chaque camp s’applique à canaliser une partie du peuple pour mieux le tenir. Les uns se posent en défenseurs des ouvriers, d’autres en avocats des multinationales, mais tous contribuent à un système où le mécontentement est géré, compartimenté, neutralisé. Cette opposition contrôlée ne vise pas à transformer la société, mais à empêcher toute remise en cause réelle d’un pouvoir confisqué par une minorité organisée.
Quand il s’agit de défendre les intérêts de ce système, la convergence entre médias dominants et personnalités politiques influentes devient totale. L’affaire Nicolas Maduro en est un exemple révélateur : comment ne pas voir la mascarade lorsque des commentateurs et responsables publics valident, sans la moindre distance critique, une arrestation illégale présentée comme évidente et légitime ? Maduro a eu le crime impardonnable de s’opposer frontalement à l’impérialisme américain et de dénoncer à plusieurs reprises le génocide en cours à Gaza, pointant directement la responsabilité des États-Unis et de leurs alliés.
Pour habiller cette offensive, on ressort alors le vieux prétexte du narcotrafic, brandi comme une vérité sacrée. Mais comment prendre au sérieux ce discours quand, dans le même temps, l’ancien président du Honduras, Juan Orlando Hernández, reconnu coupable de trafic massif de drogue vers les États-Unis et condamné à 45 ans de prison, est gracié par Donald Trump et libéré, au mépris de toute logique morale ou judiciaire ? Le message est clair : ce n’est pas le crime qui compte, mais l’alignement.

L’histoire récente regorge d’exemples de dirigeants diabolisés, renversés, puis remplacés par le chaos et le pillage organisé. Saddam Hussein hier, Mouammar Kadhafi ensuite : derrière les grands discours sur la démocratie et les droits humains, les guerres ont ouvert la voie à l’appropriation des ressources, en particulier le pétrole, par ceux-là mêmes qui prétendaient « libérer » ces peuples. Des travaux sur la politique étrangère américaine montrent combien l’accès sécurisé au pétrole au Moyen-Orient et en Afrique du Nord est un axe stratégique majeur de Washington depuis des décennies. Sous couvert de liberté, c’est la mainmise économique qui avance.


Croire encore à ce récit officiel, c’est accepter de se laisser guider par un story-telling écrit par les vainqueurs. Les frontières du bien et du mal, telles qu’elles nous sont présentées, ne reposent pas sur une éthique universelle, mais sur des intérêts impériaux. Ceux qui se soumettent peuvent être blanchis, amnistiés, pardonnés. Ceux qui résistent sont diffamés, criminalisés, renversés.
Au fond, ce n’est pas seulement Maduro qui est jugé, ni même Saddam ou Kadhafi qui l’ont été avant lui, mais toute tentative de souveraineté qui échappe à la tutelle de l’empire. Le système ne craint pas les opposants qu’il fabrique lui-même et qu’il contrôle étroitement. Il craint l’éveil des peuples.
Tant que les citoyens accepteront d’applaudir ce théâtre d’ombres — en se croyant libres parce qu’on leur offre le choix entre deux versions d’une même domination — rien ne changera. La véritable rupture commence le jour où l’on refuse de jouer le rôle écrit pour nous. À ce moment précis, l’illusion démocratique se fissure, et le pouvoir comprend qu’il ne fait plus face à un électeur docile, mais à un peuple éveillé.
MD
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