INDIGNATION SÉLECTIVE ET RACISME À GÉOMÉTRIE VARIABLE : CE QUE RÉVÈLE L’AFFAIRE KARINE LE MARCHAND

ÉDITORIAL – 11 FÉVRIER 2026

Le 8 février 2026, sur CNews, Karine Le Marchand déclare :

« J’ai vu le RER arriver, j’ai vu tous ces Noirs et tous ces musulmans, ces Arabes qui sortaient… je n’ai pas pu m’empêcher d’avoir un peu peur. »

En quelques heures :
Saisines de l’Arcom.
Déferlement sur les réseaux sociaux.
Condamnations politiques.
Chroniques indignées.
Débats télévisés.

La machine morale s’emballe.

Mais une question dérange :
Pourquoi cette explosion d’indignation n’existe-t-elle pas quand la négrophobie est ciblée, répétée et assumée ailleurs ?

CNEWS : L’ÉCONOMIE DU CHOC PERMANENT

Soyons lucides.

CNews ne découvre pas la polémique. Elle la cultive. Elle l’industrialise. Elle la transforme en modèle économique.

Depuis des années, certaines émissions – notamment celles de Pascal Praud – fonctionnent sur la tension permanente autour de l’immigration, de l’islam et de l’insécurité. On parle d’“obsession”, de “grand remplacement”, de “déclin civilisationnel”.

La déclaration de Karine Le Marchand n’est pas un accident isolé.
Elle s’inscrit dans un écosystème où la peur devient un produit d’appel.

Plus la phrase choque, plus elle circule.
Plus elle circule, plus elle rapporte.

L’indignation fait partie du modèle.

MOBILISATION ÉCLAIR : QUAND TOUT LE MONDE S’INDIGNE… ENSEMBLE

Des députées LFI et écologistes saisissent l’Arcom.
Des personnalités publiques condamnent.
Les médias relaient.
Les réseaux sociaux s’embrasent.

L’unité est presque parfaite.

Et il faut le dire clairement : ces propos méritent critique. Généraliser des Noirs, des musulmans, des Arabes comme déclencheurs d’une peur instinctive pose un problème évident.

Mais la question centrale n’est pas là.

La question est :
Pourquoi cette cohérence disparaît-elle dès qu’il s’agit de négrophobie explicite et répétée ?

BASSEM BRAIKI : DIX ANS DE DÉRAPAGES, ZÉRO MOBILISATION NATIONALE

Prenons un exemple concret.

Bassem Braiki, influenceur lyonnais, revendique environ 500 000 abonnés sur YouTube. Ses lives atteignent parfois des dizaines de milliers de vues. Il est invité sur divers podcasts et plateformes.

Il a été condamné pour des propos homophobes en 2020 (8 mois avec sursis) et pour harcèlement en 2025. Des associations ont dénoncé à plusieurs reprises des propos visant les personnes noires.

Pourtant :
• Pas de mobilisation politique nationale durable.
• Pas de cycle médiatique massif.
• Pas de saisines spectaculaires répétées.
• Pas de débat national sur la négrophobie.

On nous dit : « Ne pas lui donner de visibilité. »

Mais il en a déjà. Massivement.
Le silence n’est pas une stratégie. C’est un choix.

LA NÉGROPHOBIE : LE RACISME QU’ON RELATIVISE

Les chiffres sont accablants.

Selon CRAN-Ipsos (2023) :
• 91 % des personnes noires déclarent subir des discriminations raciales.
• Les contrôles au faciès les touchent deux fois plus que la moyenne nationale.

La CNCDH estime qu’une immense majorité des actes racistes ne donne lieu à aucune plainte.

Et pourtant, la négrophobie reste rarement au centre des grands débats médiatiques.

Elle est minimisée.
Elle est diluée.
Elle est relativisée.

Comme si elle était moins grave.
Comme si elle était moins urgente.
Comme si elle dérangeait moins l’équilibre politique.

POURQUOI L’INDIGNATION EST-ELLE PLUS FACILE ICI ?

Karine Le Marchand est perçue comme noire ou métisse noire par une partie de l’opinion. Le fait qu’une femme identifiée comme noire tienne des propos généralisants produit un choc symbolique.

Mais ce choc révèle autre chose :
Il est plus simple de condamner une personnalité noire dans un dérapage que d’affronter structurellement la négrophobie quand elle vise les Noirs comme groupe.

Il y a un confort dans cette indignation.

Elle ne bouscule pas les équilibres.
Elle ne remet pas en cause certaines alliances communautaires.
Elle ne force pas à nommer un problème structurel.

Elle permet d’afficher une posture morale à faible coût politique.

RACISME À GÉOMÉTRIE VARIABLE

On parle beaucoup d’antiracisme.
Mais dans les faits, il semble hiérarchisé.
• L’islamophobie mobilise massivement (et c’est légitime).
• L’antisémitisme mobilise massivement (et c’est indispensable).
• La négrophobie, elle, reste souvent périphérique.

Pourquoi ?

Parce que les Noirs en France ne représentent pas un bloc politique structuré capable d’imposer un rapport de force médiatique ?
Parce que la négrophobie est historiquement banalisée ?
Parce qu’elle ne constitue pas un enjeu électoral prioritaire ?

Ce sont des questions inconfortables. Mais nécessaires.

DEUX POIDS, DEUX MESURES ?

Dieudonné Mbala Mbala a été interdit de salles, poursuivi, condamné à de multiples reprises, progressivement exclu du paysage médiatique traditionnel.

Dans le même temps, certains créateurs de contenus polémiques continuent d’exister massivement en ligne malgré condamnations et signalements répétés.

Les contextes juridiques diffèrent, certes.
Mais dans l’opinion publique, le contraste nourrit un sentiment d’inégalité de traitement.

Et ce sentiment alimente la défiance.

LE VRAI PROBLÈME : L’ANTIRACISME STRATÉGIQUE

Ce que révèle cette affaire, ce n’est pas seulement une phrase malheureuse.

C’est l’impression que l’antiracisme fonctionne parfois comme une variable d’opportunité :
• On s’indigne quand le contexte est favorable.
• On se tait quand le terrain est politiquement sensible.
• On hiérarchise les causes selon leur rentabilité médiatique.

Un combat universel ne peut pas fonctionner comme ça.

Soit on combat toutes les formes de racisme avec la même énergie.
Soit on admet qu’il existe une hiérarchie implicite des indignations.

CONCLUSION : LA COHÉRENCE OU LA CRÉDIBILITÉ

Personne ne demande de minimiser les propos de Karine Le Marchand.

Mais si la négrophobie continue d’être traitée comme un angle mort du débat public, alors le discours antiraciste perdra en crédibilité.

L’indignation ne peut pas être intermittente.
La morale ne peut pas être sélective.
La lutte contre le racisme ne peut pas dépendre de l’identité de l’auteur ou de l’intérêt médiatique du moment.

Sinon, ce n’est plus un principe.

C’est une stratégie.

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